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Crise et communication financière – De l’excès de l’information…

S’agissant des conséquences de la crise sur la communication financière  et la nécessité de transparence, deux axes ont retenu plus particulièrement mon attention : d’une part les enseignements tirés de la conférence réalisée par « l’Académie » en Avril 2008 sur le sujet et par ailleurs mon expérience récente issue de ma collaboration dans différents domaines avec le nouveau médiateur du crédit et de l’assurance crédit, René RICOL, auprès duquel j’assure les fonctions de médiateur délégué chargé des réseaux socio-professionnels.

Je rappelle en préalable que : l’Académie des Sciences et Techniques Comptables et Financières que j’ai l’honneur de présider, crée à l’initiative de l’Ordre des Experts-Comptables, s’est positionnée depuis trois ans au croisement des connaissances techniques et conceptuelles en tant que lieu privilégié de recherches, concertations et d’échanges dans les domaines de la comptabilité, de l’audit, de la gestion et de la finance. A l’aube de cette nouvelle année, L’Académie est fière de compter plus de 65 000 membres dont un tiers provenant de l’étranger avec plus de 25 pays, ainsi que 30 groupes de travail. Grâce à ce réseau, l’Académie fait preuve d’une grande diversité dans ses préoccupations et ne se donne aucune limite.

La conférence de 2008 qui s’est inscrite dans la continuité des objectifs de l’Académie, a constitué, le moment fort de l’exercice académique. Cette conférence a été réalisée en partenariat avec Euronext et l’AMF sur le thème de l’information périodique, une obligation découlant de la transposition en France de la directive européenne du 15 décembre 2004 sur la transparence.

Article tiré de l’ouvrage « Repenser la planète Finance – Regards croisés sur la crise financière » sous la direction de Jean-Louis Chambon, paru aux éditions Eyrolles et Les Echos Editions.

William NAHUM – Expert Comptable, Commissaire aux comptes, Expert agréé par la Cour de Cassation – Expert judiciaire près la Cour d’Appel, Président de l’Académie des Sciences et Techniques Comptables et Financières

Mes développements regroupent donc les points importants de cette conférence sur l’information financière.

Premiers enseignements de la conférence…

Comme l’a souligné Michel Prada, président d’honneur de l’Autorité des Marchés Financiers, le colloque sur l’information financière et la crise des marchés était le bienvenu car il a permis à tous de se poser la question suivante : les nouvelles règles en matière de transparence apportent-elles une réponse à la crise ?

Cette crise qui a débuté l’été dernier est d’un type nouveau et son origine première réside dans l’excès de liquidité associé aux grands déséquilibres des échanges mondiaux. On a ainsi constaté un accroissement des flux de liquidité dans des proportions largement supérieures à celles de la croissance économique réelle en raison d’une surabondance de l’épargne dans les pays asiatiques et les pays producteurs de pétrole, en raison également d’une politique macro-économique expansionniste aux Etats-Unis associée à une distribution massive de prêts immobiliers et enfin en raison, au niveau mondial, d’un manque de coopération économique entre les principaux pays. Dans ce contexte de liquidité abondante, les investisseurs se sont montrés moins vigilants et l’augmentation des taux de défaut aux emprunteurs sur les prêts hypothécaires aux Etats-Unis a entraîné un assèchement de la liquidité sur ces marchés, créant ainsi une crise de confiance et in fine une crise financière mondiale. 

Même si les périodes de crises sont cycliques, cette nouvelle crise financière a éclaté pour la première fois depuis de nombreuses années dans le secteur du crédit aux particuliers avant de devenir un phénomène de marché aidée en cela par un défaut d’appréciation des actifs sous-jacents et des fondements de l’économie réelle. Les facteurs clés de cette crise sont connus : liquidité excessive, large dérégulation dans certains domaines, des retours sur fond propre sans liens avec les rendements de l’économie réelle et des lacunes dans la gestion des risques, et pourtant, la crise n’a pas fini de se développer et de nouvelles pertes à supporter dans l’avenir ne sont pas du tout à exclure.

Aussi faut-il repenser l’information financière de la titrisation :

Comme le soulignait Michel Prada dans son discours de clôture, cette crise est la première crise d’une titrisation qui n’a pas fonctionné et qui est ensuite redevenue une crise bancaire de liquidité pour des raisons techniques et réputationnelles. C’est sur ce point, que nous retrouvons la problématique de l’information financière et de la transparence car elle se pose tout au long de la chaîne de titrisation. De plus, la dissémination des risques par les banques avant la crise, a entraîné une autre difficulté liée à l’information financière, un problème de traçabilité de l’information sur les prêts.  Dans un contexte totalement nouveau, se pose maintenant des questions sur les normes de communication et de transparence.

Une règle d’or de la communication à retrouver : être compréhensible pour être compris…

Chaque crise nous permet d’en apprendre un peu plus et celle-ci nous a d’ores et déjà appris qu’il y avait clairement un problème de non compréhension du marché. La crise s’est en effet implantée sur des marchés peu disciplinés en termes d’information d’où l’importance d’une réflexion sur la transparence. Dans cette perspective et celle du colloque organisé par l’Académie, l’AMF a réalisé une étude portant sur l’information financière publiée par environ 120 sociétés au titre du troisième trimestre 2007, date de la première application de la directive européenne sur la transparence pour l’information trimestrielle, en s’intéressant particulièrement aux descriptions des événements et des opérations de la période ainsi qu’à la présentation de la situation financière et des résultats. Cette étude et les différentes interventions des participants au colloque du 9 avril 2008 ont montré que les différentes parties prenantes : émetteurs, analystes, auditeurs ou encore régulateurs, ont besoin de temps pour s’organiser, adapter leurs méthodes même si les sociétés françaises de l’échantillon observé ont fait preuve d’un vrai effort de communication de l’information financière.

Si l’on se réfère à nos homologues américains, la présentation des comptes trimestriels complets ne semble pas être un problème lorsqu’elle est correctement implantée au sein des organisations. Ainsi, les interviews de Allan Cohen, contrôleur assistant chez Time Warner, de Phil Ameen, Vice président et contrôleur général de General Electric ou encore de Tony Sondhi, membre du FASB et de l’Emerging Issue Task Force montrent que les exigences d’une communication financière trimestrielle ne sont pas un problème et sont même très bien acceptées aux Etats-Unis qui y voient notamment comme intérêts la diminution de la volatilité et une meilleure mesure du risque.

L’excès d’information tue l’information

Cependant, il nous faut rester pragmatique, trouver un équilibre et le fait de passer progressivement des comptes annuels, aux semestriels puis aux trimestriels me paraît être une très bonne chose. Il ne faut pas que les besoins d’information prennent le pas sur la gestion d’une organisation en donnant une vision trop court termiste.

La transparence de la communication financière comme passage obligé de la sortie de crise.

La question de la transparence de l’information est centrale pour sortir de la crise. En effet, elle sous-entend la nécessité de rétablir la confiance et d’éviter le renouvellement de semblables dérives sur les marchés financiers. Comme je le disais plus avant, nous apprenons d’une crise. Il nous faut donc encourager une implication significative de tous les intervenants du marché et la mise en place d’un monitoring efficace inscrit dans le cadre international. Ainsi, il faut s’assurer d’une information pertinente aux investisseurs et de la qualité des informations traitées par les agences de notation en éclairant et justifiant leurs méthodes. Il nous faut également veiller à l’information donnée par les distributeurs et les gérants d’actifs à leurs clients et aux informations communiquées par les établissements financiers sur les transferts de risques et leurs méthodes d’évaluation.

D’ailleurs le rapport sur la crise financière de René Ricol publié en septembre 2008, auquel j’ai eu l’honneur de participer, en tant que membre du groupe spécialisé sur la « Corporate governance » nous apporte d’autres éléments de réponse lorsque l’on s’interroge sur le lien entre l’information, la transparence et la crise financière.

J’ai eu en outre le privilège d’enrichir mes réflexions en poursuivant mes missions aux côtés du nouveau médiateur du Crédit et de l’Assurance crédit, René RICOL, nommé par le Président de la République.

De l’importance de la standardisation de l’information financière

En effet la crise a souligné la nécessité d’une plus grande vigilance de la part des investisseurs et d’une compréhension plus fine des risques individuels mais également systémiques. Cela n’est pas envisageable sans une information financière fiable, complète et régulière. De plus, la crise étant également une crise de confiance, la transparence a un rôle important à jouer pour rétablir cette confiance. En effet, l’information financière s’est révélée difficile à interpréter, l’amélioration des normes de transparence doit donc permettre d’assurer la qualité et la standardisation de l’information financière. La transparence est une clé pour mieux connaître et ainsi faire correctement surveiller les mouvements sur les marchés, notamment le marché des matières premières avec en point de mire le pétrole. Enfin, elle est nécessaire pour les stocks physiques et les marchés à terme pour permettre un meilleur partage de l’information et ainsi une meilleure coordination au niveau international. 

La rénovation du rôle des agences de notation est devenue une « impérieuse nécessité »

Pour cela, l’une des priorités est de s’assurer de la justesse du rôle des agences de notation en vérifiant leurs règles, leurs codes de conduite et leurs modes de contrôle. De nombreuses recommandations ont déjà été formulées portant notamment sur une information accrue sur les produits de crédit structuré ou encore sur l’évaluation de la qualité des actifs sous-jacents.

De l’utilité des informations prospectives ou la nécessité de regarder l’avenir autrement que dans un rétroviseur.

 Le rôle des auditeurs, même si il n’a pas été remis en cause dans le cadre de cette crise financière, doit également être discuté pour combler le manque d’informations prospectives sur les risques des rapports d’audit davantage axés sur des informations du passé.

Une information claire à l’usage du pouvoir politique

Parmi une liste de 30 recommandations, le rapport sur la crise financière propose comme premier point d’améliorer l’information sur les questions de stabilité financière au niveau politique en réalisant un rapport tous les 6 mois identifiant les risques majeurs et les remèdes possibles. Il s’agit ici, d’un nouveau niveau de considération de l’importance de l’information financière en lien avec la crise financière puisque l’on ne s’intéresse plus seulement à l’information sur le marché mais à l’information à destination des politiques.

Des dispositifs d’alerte à revoir

Finalement, la recommandation 27, apporte une justification supplémentaire à l’un des aspects essentiel du lien entre l’information financière et la crise en préconisant l’extension de l’évaluation des risques et les échanges d’informations autour du FMI afin de favoriser la mise en place de dispositifs d’alerte pour les risques systémiques.

Renforcer la coopération

La coopération internationale par le biais d’un échange d’informations financières complet et fiable et d’une transparence assurée est en effet, à mon sens, l’une des clés de voûte du lien entre les besoins d’informations et la crise financière actuelle.

Je rappellerai volontiers que le premier défenseur de l’intérêt des actionnaires reste le conseil d’administration ou de surveillance, c’est à eux que revient la responsabilité de s’assurer, via l’équipe dirigeante et tout autre dispositif d’une bonne compréhension de l’entreprise par les marchés. Cette lisibilité passe indubitablement par une communication financière rénovée, accessible, transparente et compréhensible par le grand et le « petit public » autant que par les spécialistes. De cette capacité dépend la bonne valorisation par le marché de l’entreprise et donc la garantie que les valeurs intrinsèques et fondamentales ne soient pas emportées par les tourmentes et autres tsunamis financiers. C’est sans doute l’un des principaux enseignements de la crise financière mondiale.

Le côté positif ? S’il fallait en trouver un. Pour atteindre cet objectif encore faut-il que les conseils disposent eux-mêmes (en particulier dans les sociétés cotées) d’une connaissance de leur actionnariat à la fois qualitative et quantitative. Cette action suppose ténacité et une grande volonté eu égard à la complexité d’un actionnariat de plus en plus hétérogène. Mais il ne faut pas se voiler la face, le monde est fait de paradoxes, la distance entre la demande « ardente » d’informations financières souvent évoquées par les administrateurs et leur implication dans la communication financière en est un exemple. L’autre contradiction réside entre d’une part les progrès de la gouvernance et de la transparence qui n’ont jamais été aussi réels qu’au cours de la dernière décennie et la crise de défiance généralisée qui a suivi le désastre financier mondial. Manifestement ces progrès n’ont pas suffi, sans doute que le déficit existant est l’une des causes de dysfonctionnement des marchés en même temps qu’ils ont fait naître des risques juridiques et médiatiques accrus. De nos jours il ne fait pas bon d’avancer sur le terrain du « responsable mais pas coupable » sous le regard toujours plus acéré de l’opinion « on doit, on aurait du savoir et faire savoir » telle est la loi d’aujourd’hui…..

Je reste convaincu qu’une spécialisation sur ces sujets et les échanges entre experts et en particulier dans les réseaux professionnels sont de nature à éviter les pièges et les risques d’une communication financière de plus en plus exigeante à fortiori en période de crise. C’est une des missions que « l’Académie » s’est engagée à remplir en permettant le maillage de ses réseaux professionnels en France et en Europe. La communication financière s’est certes de la technique mais avant tout une discipline morale et professionnelle.

Je remercie chaleureusement Jean-Louis Chambon de m’avoir accueilli pour cette publication ainsi que Marine Portal, doctorante en Sciences de gestion à l’Université de Poitiers pour m’avoir aidé à préparer cet article et de m’avoir ainsi permis d’exprimer des convictions largement chevillées par ma longue expérience de ces domaines.

Article tiré de l’ouvrage « Repenser la planète Finance – Regards croisés sur la crise financière » sous la direction de Jean-Louis Chambon, paru aux éditions Eyrolles et Les Echos Editions.

William NAHUM- Expert Comptable, Commissaire aux comptes, Expert agréé par la Cour de Cassation – Expert judiciaire près la Cour d’Appel, Président de l’Académie des Sciences et Techniques Comptables et Financières

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